Gérard Flament: Monde d'après, vie d'avant ?

Gérard Flament: Monde d'après, vie d'avant ?


Gérard Flament a rejoint le Conseil de développement en 2012, Vice-Président aux côtés d'Agnès Démotié il en devenu le président en 2017. Il est également membre du bureau du Forum de l' Eurométropole Lille_Kortrijk-Tournai et de la Coordination Nationale des Conseils de développement.

Monde d’après, vie d’avant ?

Le monde d’après ne sera pas le monde d’avant. Combien de fois avons-nous entendu cette phrase si courte, mais pleine d’espoirs au cours des derniers jours. Et d’innombrables et respectables économistes, politiques, écologistes, sociologues, et tant d’autres y sont allé de la promotion de leur modèle, le seul capable de répondre à tous les défis, à toutes les aspirations, même si souvent sa robustesse reste soumise à caution.

Mais autour de nous qu’entendons-nous ? L’industrie automobile s’est empressée de demander la réduction des normes environnementales des véhicules ; les représentants du patronat ont réclamé un moratoire dans la lutte contre le gaspillage et le développement du recyclage ; l’industrie du plastique vante ses produits à usage unique au nom de l’hygiène complètement à contre courant des récentes décisions européennes ; les formations politiques traditionnelles sont reparties dans leurs chicayas stériles du temps d’avant-hier ; et l’on empêchera pas certains d’entre nous de rêver d’acquérir le dernier SUV dont la publicité a commencé à réenvahir nos écrans ; ou encore de rechercher le billet d’avion pour un aller et retour aux Baléares cet été pour 29 euros ou moins.

Mais aussi ces deux derniers mois ont permis mettre sur la scène ces « héros du quotidien » sans lesquels la vie en société confinée n’existerait pas, ne les rendons pas de nouveau invisibles dans quelques temps ; nous avons découvert, peut-être avec effroi, que, parfois, la précarité était à notre porte ; nous commençons à nous interroger sur nos comportements en matière de déplacement, en pariant notamment sur le vélo, même si pour certains l’automobile restera la seule solution, ou en matière d’achats alimentaires en circuit court en espérant que les conditions économiques les laissent accessibles à tous ; de plus en plus de voix se font entendre pour que la rénovation thermique de l’habitat, tellement vertueuse pour l’économie, la solidarité et l’emploi, soit un des vecteurs majeurs de la relance à venir ; et aussi le confinement nous a montré que, malgré les vidéo-truc, les télé-bidule et les machin-Skype, la relation directe entre nous reste un indispensable du vivre ensemble.

Au milieu de toutes perspectives contradictoires, quelle attitude pour nous, citoyens d’une société en plein doute ?

D’abord et surtout, dire que le monde d’après ne sera pas sans nous. Ne laissons notre avenir aux seules mains de ceux qui savent tout mais qui se trompent si souvent ; ne laissons pas les lobbies divers et variés nous dire comment nous devons vivre ; ne laissons pas les tenants de telle ou telle doctrine faire notre bonheur à notre place. Le dialogue avec les citoyens n’est pas un luxe inutile. Le confinement a révélé des failles, il a fait émerger des initiatives dont beaucoup sont à l’origine de citoyens.

Urgence climatique et solidarité, fin du monde et fin du mois, c’est dans cette conjonction, portée par toute la société, que le monde de demain sera le plus vivable. Partout, localement dans notre quartier, notre commune, notre territoire, notre région, comme au niveau national, il faut que nous soyons les dessinateurs de cet avenir. Investissons l’espace public pour nous faire entendre. Ensemble construisons notre vie d’après dans le monde d’après.

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