Jean-Damien Guilloy: Après le Covid 19 nous seront peut être plus résilients pour le Covid 21 !

Jean-Damien Guilloy: Après le Covid 19 nous seront peut être plus résilients pour le Covid 21 !


Jean-Damien Guilloy est architecte de formation et urbaniste.Enseignant et consultant, il a une longue expérience  de la rénovation des villes et des politiques de la ville .Il  a rejoint le Conseil de développement en 2016 et habite Lille.

 

Architecte de formation, urbaniste d’expérience et de passions, pour moi la crise sanitaire mondiale et le confinement mettent en évidence tous les travers que nos sociétés mondialisées ont engendrés et qui sont aujourd’hui les accélérateurs directs de ce virus, sa transformation en pandémie mondiale, et les causes d’un désastre humain, social et culturel.

Je note d’abord, que depuis la fin du 18eme siècle, c’est encore une fois, la problématique de la santé collective qui permet de focaliser la mise en questions de la forme et l’organisation de nos villes et « mieux » ici de celles de notre société mondialisée

Ce confinement général a rendu obsolète la ville comme lieu des d’échanges économiques et sociaux. La ville est racornit à son rôle : «loger ses habitants». Aussitôt les questions sur les densités et les formes d’habitats urbains comme : l’entassement dans une cage d’escalier, l’exiguïté du logement, la mono orientation, l’absence d’espaces extérieurs au logement, deviennent des problématiques évidentes.

Mais dans nos rares sorties ne voyons nous pas aussi ces grandes surfaces de macadam vides ? Alors que nous piétons, nous devons nous éviter sur des trottoirs étroits ? La déformation de l’espace public urbain par la voiture nous saute aux yeux et me laisse un goût amer de gâchis. Le macadam rempli d’un vide mortifère nos espaces publics. La nature est reléguée sur les îlots délaissés par l’automobile, où concentrée dans des parcs urbains qu’on veut toujours plus grands, l’un que l’autre.

Or ces très grands espaces verts, (citadelle, jb Lebas, ..) lieu de rassemblement on été fermés. Les solutions de substitution répondant à la dispersion, que seraient des espaces verts de proximité sont quasi absentes. Cela me confirme que le clivage sur l’avenir d’un très grand parc à St Sauveur, occulte le vrai sujet des espaces verts en ville. Pendant que se densifient sans bruit parcelles et grandes friches dans des quartiers populaires on se déchire sur la sauvegarde de m² verts, sur la possibilité d’un parc à l’échelle métropolitaine. La concentration et spécialisation spatiale des fonctions urbaines sont très justement remises en cause par cette pandémie

La question fondamentale reste celle des déplacements, tout comme, ne l’oublions pas, les déplacements ont été à l’origine de la colère des « gilets jaunes" ! La crise sanitaire mondiale à eu l’obligeance de mettre ce sujet à toutes les échelles de notre monde. Or la pensée urbaine dominante depuis la fin du 20e siècle, ne pousse-t-elle pas vers des métropoles monde, voir des « quartiers -monde » ?

A l’échelle de notre métropole, j’y vois une source d’arguments pour l’engagement vers une métropole multipolaire, où la centralité n’existerait qu’au pluriel. La ville européenne avec son centre et ses banlieues est antinomique avec l’idée d’une métropole équilibrée et solidaire. La crise sanitaire nous le démontre. Le confinement dans notre structure urbaine actuelle est à tout point de vue inégalitaire.

Mais les déplacements seront toujours nécessaires et indispensables. On peut certes agir sur les modalités de nos propres déplacements, sans oublier ceux de nos livreurs sur qui nous les reportons de plus en plus, pour tenter de gagner en même temps la bataille contre le CO2 et les particules fines. Mais pensons d’abord la ville pour être sobre en déplacements, reprenons possession de l’espace public d’abord pour la vie locale.

La sortie du confinement avec toutes les précautions qu’elle exige, va remplir nos villes de voitures individuelles, peut-être même plus qu’avant ! Le transport en commun, aura le tord d’être en commun ! Alors il est urgent de préparer des alternatives. N’est ce pas le moment d’installer des voies cyclables continues et confortables ; le moment de transformer cette pléthore de m2 d’asphalte en lieux partagés réservés aux modes de déplacements actifs, le temps de zébrer nos villes de grandes traversées vertes ?

Effectivement et plus que jamais il faut que cette crise sanitaire ne soit pas  qu’une parenthèse. Et je croise les doigts pour que tous les discours actuels sur l’autonomie (sanitaire) et les circuits courts (alimentaires,…) deviennent des réalités et s’amplifient à d’autre fonctions vitales pour notre avenir sur cette planète. Après le Covid 19 nous seront peut être plus résilients pour le Covid 21 !"

 

Parole à