Philippe Rigaud: Le coronavirus nous a démontré que l’on peut passer très vite du local au global, et vice versa.

Philippe Rigaud: Le coronavirus nous a démontré que l’on peut passer très vite du local au global, et vice versa.


Philippe Rigaud est membre du Conseil de Développement depuis octobre 2016. Il a été co-rapporteur d’un groupe de travail sur la santé environnementale en 2017, suite à une saisine de la Vice-Présidente de la MEL en charge du développement durable. Il a aussi participé à plusieurs autres ateliers avec ses compétences d’ancien chargé de mission au Ministère des Transports. Retraité actif depuis plus de 3 ans, il milite dans des associations œuvrant dans l’expertise environnementale et la démocratie participative.

Nous en sommes à presque 6 semaines de confinement et le temps a pris une autre dimension. Les journées ne sont presque plus jalonnées par des sorties ou des rendez-vous, mais elles semblent paradoxalement passer encore plus vite qu’avant. Les dimanches ressemblent aux jours de semaine... ou peut-être l’inverse.

Cette crise aura démontré que beaucoup de choses peuvent se faire à distance, en évitant la perte de temps et les contraintes des déplacements : travail de bureau, réunions, certaines consultations médicales... et même des visites touristiques, certes faute de mieux. On prend aussi un peu plus conscience de l’extraordinaire richesse de l’offre culturelle accessible en ligne, encore élargie avec le confinement.

Après plusieurs réunions en visioconférence, la maîtrise de l’outil semble se diffuser dans les associations dont je fais partie. Son utilisation après la crise, sans doute pas exclusive mais régulière, semble désormais une évidence, alors qu’auparavant le présentiel s’imposait pour des personnes habitant la même métropole.

Les collègues et amis que je rencontre ainsi sont distants de quelques kilomètres, mais semblent d’une certaine manière plus proches, car ils me reçoivent un peu chez eux. Je pense à celles et ceux qui n’ont pas comme nous la chance d’avoir une maison avec jardin, où l’on peut sortir son chapeau de soleil.

Le confinement accroît les inégalités : inégalités dans les conditions de travail ou de non-travail, inégalités dans le logement, inégalités dans les conditions de vie et dans l’accès aux connaissances...

L’après 11 mai est un saut dans l’inconnu. Des experts et penseurs de tout crin disent que plus rien ne sera comme avant et qu’il faut en profiter pour changer notre société. Je partage assez l’appel à un « retour sur terre » prôné par Dominique Bourg.

D’autres parlent d’un « retour à la normale » pour relancer la machine économique et éponger la dette, en négligeant encore plus qu’avant l’urgence environnementale et climatique. Une chose est sûre, le covid-19 rebat les cartes et élargit le champ des possibles.

L’avis du Conseil de Développement sur la santé environnementale sur lequel j’avais travaillé en 2017 s’était centré sur la politique de prévention des maladies chroniques liées à la pollution, vaste sujet sur lequel il y a fort à faire ! La menace des maladies infectieuses semblait s’éloigner, même si l’on pouvait supposer que le changement climatique allait nous en apporter de nouvelles. Nous nous étions focalisés sur le local. Le coronavirus nous a démontré que l’on peut passer très vite du local au global, et vice versa.

Peut-être avions nous tendance à oublier que l’imprévu arrive souvent ! J’ai donc une proposition pour le Conseil de Développement : explorer le champ des imprévus pour mieux s’y préparer et élargir le spectre de la résilience de notre Métropole.

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